Guinée : à la croisée des chemins

Alors que notre pays traverse une crise institutionnelle et politique depuis plusieurs semaines maintenant, et qu’il sombre tout doucement vers une banalisation de la violence et une radicalisation des positions des différents protagonistes, il convient de s’arrêter un instant et de faire une brève introspection sur certains maux qui gangrènent notre jeune démocratie.

En effet, les différentes manifestations auxquelles nous assistons depuis quelque temps ne sont que les résultantes d’un malaise profond dû essentiellement à deux choses selon moi :

Le Pouvoir à TOUT PRIX

Une opposition fabulatrice, manipulatrice et mue par l’obtention du pouvoir par TOUS LES MOYENS

L’opposition guinéenne –la plus bête d’Afrique selon certains- au premier rang desquels Cellou Dalein Diallo et Sidya Toure, n’a toujours pas digéré sa défaite lors de la Présidentielle de 2010. Oui, nous en sommes encore là. Pour le Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), il est inconcevable d’avoir laissé échapper une victoire qui lui tendait pourtant les bras au sortir du premier tour. Ce qui relève quasiment de la « faute professionnelle » à ce niveau. Que cela soit dit en passant.

 Il est donc question de le lui faire payer vaille que vaille et ils ne s’en sont pas privés depuis cinq (5) ans. Du haut de ma « babyface », je n’ai pas souvenir d’un pouvoir qui ait été autant torpillé avec des manifestations à n’en plus finir. Tenez-vous bien, nous en sommes à vingt et une (21) marches depuis l’avènement de la Troisième République. Vingt et une !! Quand on sait ce que cela coûte à l’économie du pays, en termes d’infrastructures vandalisées, de morts et de blessés, ils s’en seront donnés à cœur joie toutes ces années.

Une stratégie qui vise également à faire un décompte macabre de potentielles victimes de ces manifestations et d’en faire porter la responsabilité au Chef de l’Etat pour une éventuelle plainte à la Cour Pénale Internationale. C’est vous dire jusqu’où cette opposition, en panne de projets constructifs, est prête à aller.

Comme le montrent les différentes vidéos disponibles ça et là sur le Net, c’est donc une opposition prête à mettre dans la rue des gamins -souvent armés- d’à peine une dizaine d’années pour arriver à leurs fins. Combien parmi eux savent pourquoi ils sortent encore dans la rue? En ce sens, l’article du MONDE était édifiant à bien des égards.

La méthode employée a certes réussi à ébranler le pays par moments mais surtout concouru au durcissement de  la position de l’autre frange de la population qui ne partage pas cette façon cavalière de briguer le Trône.

Des choix défaillants à plusieurs niveaux

Si la Guinée dispose bien d’un Président légitime ET légal – n’en déplaise a certains-, ce dernier multiplie les erreurs de casting et de communication dans sa gestion de la chose publique.

Un parti dans un état comateux

Le Président de la République, on ne le dira jamais assez, se doit d’être au-dessus de la mêlée, au-dessus des partis et des petites querelles de personnes. En cela, la première décision qu’il aurait dû prendre après 2010 était de préparer un parti fort et suffisamment audible sur les questions de fond. Il n’est par exemple pas du ressort du gouvernement, encore moins du Président lui-même de répondre à l’opposition sur la question du chronogramme électoral. En ce sens, le Rassemblement pour le Peuple de Guinée (RPG) aujourd’hui est le véritable maillon faible de la chaîne. Il est malheureux de constater que les instances dirigeantes de ce parti qui, avant la conquête du pouvoir, était structuré et présent dans tous les coins et recoins du pays et à l’International, est devenu comme aphone et en perte de vitesse sinon absent dans le débat d’idées. N’eut été la présence du trublion député Amadou Damaro, ce parti se ferait manger complètement médiatiquement. Où sont donc les autres ? Où sont donc les propositions qu’on peut attendre des membres du Bureau Politique d’un parti comme celui-là ?

A ce stade, et pendant qu’il est encore temps, il serait judicieux de réorganiser le parti autour d’un Secrétaire Exécutif qui a de la poigne et qui saurait parler d’égal à égal à ses pairs de l’opposition. Un Secrétaire Exécutif qui mènerait un travail énergique dans la refonte et la restructuration du Parti. Il incombe donc au Chef de l’Etat de prendre ses responsabilités et de se départir d’une direction qui le dessert aujourd’hui car plus préoccupée par le partage de strapontins et autres pécules.

Pour y arriver, il conviendrait également de supprimer tous ces mouvements de soutien -démagogiques à souhait et éphémères par définition- en ramenant ceux qui le souhaitent sous la bannière du parti. Ils pourraient exister sous forme de courant au sein du parti en ayant une base idéologique et des projets pérennes concrets pour les populations.

Bien que n’ayant jamais milité au RPG, je me sens très attaché à ce parti et j’espère qu’il survivra au départ de son fondateur qui n’est évidemment plus très jeune. Au cours des mois à venir, c’est l’une des tâches essentiels qui attend le RPG et au delà tous ces ces partis historiques d’Afrique.

Une Communication désastreuse

Encore une fois, il faut que le Président de la République maitrise sa communication. L’image qu’il renvoie par moment est assez catastrophique.  Pourtant, les conseillers à ses côtés ne manquent pas et certains membres de son Gouvernement s’attèlent, tant bien que mal, à nettoyer après lui quand cela s’avère nécessaire. Je sais aussi que lorsque des discours lui sont proposés, ceux-ci sont aussi vite balayés lorsqu’il prend la parole.

Evidemment, il ne s’agit pas là d’enfermer le Président dans un rôle qui ne lui sied pas ou de le brider (de toutes les façons, cela ne marcherait pas), mais plutôt de lui permettre de prendre toujours plus de hauteur et mieux préparer ses interventions. Notre Président de la République ne peut pas/ne doit pas être constamment dans l’attaque de l’autre. Il se doit aussi d’être mieux informé pour éviter des dissonances graves comme lors de sa sortie sur « La Voix de l’Amérique » le mois dernier. Quand le Président dit, par exemple, qu’il a « le malheur de ne pas connaitre les cadres guinéens » du fait du décès de son frère Malick en décembre 2010, il n’y a pas pire aveu que cela. Toutes ces personnes étant nommées par lui, il révèle en substances son incapacité au moment où il devrait inspirer et renforcer la confiance de tout ce beau monde. C’est donner le bâton et de la matière à ses adversaires politiques pour se faire battre. Il en est de même des attaques répétées sur le Chef du Gouvernement. Lorsqu’un membre est gangrené, il faut l’amputer sinon cela conduit à une mort certaine. Lente et douloureuse mais certaine.

Bien sûr, ce n’est pas à son âge qu’il va se réinventer mais l’impact de ses réalisations serait tellement mieux perceptible si le message n’était pas brouillé par  toutes ces approximations et signaux souvent contradictoires.

Les Forces de l’Ordre : une épine dans le pied du Président

S’il faut condamner les gamins mis dans la rue et le caractère violent avec lequel ils expriment leurs revendications, il parait tout aussi fondamental d’interpeller le Président de la République sur « l’attitude coupable » (preuve à l’appui) de certains éléments de la Police et de la Gendarmerie. Il est inadmissible que ces brebis galeuses continuent de courir librement sans être inquiétées. Hier, elles étaient dans une situation de maintien d’ordre dans le cadre de manifestations. Mais demain, ne seront-elles pas dans nos quartiers à patrouiller dans le cadre de la mise en place de la Police de Proximité. Qu’adviendra-t-il des populations si elles s’adonnent aux mêmes exactions ? Il est plus que nécessaire que la Justice se penche sur les cas de morts/blessures par balles avérés et que les fautifs soient purement et simplement traduits devant les Tribunaux compétents puis rayés des effectifs le cas échéant. C’est une question sur laquelle il faut être ferme et intransigeant.

Pour terminer, je fais mienne cette citation (de ?) qui, rapporté au contexte guinéen prend tout son sens.  De mémoire, elle dit à peu près ceci : « Les gens ne s’intéressent pas aux idées mais aux hommes derrière les idées. Or les hommes sans idées ne font pas bouger les cartes». A quand le débat d’idées en Guinée ?

Soul

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